Par Bruno Faure, responsable du comité République Moderne Paris.

La disparition de Coralie Delaume est une perte immense pour le camp républicain et plus largement pour le débat d’idées. Peu d’essayistes ont su comme elle s’enfoncer dans les méandres du fonctionnement des institutions européennes, décrypter les logiques à l’œuvre dans les politiques néolibérales et éclairer les citoyens sur les dérives post démocratiques contemporaines. 

Le jour où beaucoup d’entre nous oscillent entre tristesse et colère de voir partir un pareil talent de 44 ans, il convient de répondre à l’invitation de son coauteur David Cayla et de relire ses textes.

Ce qui frappe à la lecture de « Europe, les états désunis » écrit en 2014 est la grande pédagogie dont fait preuve l’auteure pour déconstruire ce qu’elle nomme « Les temples de l’ère technocrate : le Commission, la Banque Centrale Européenne et l’Europe des juristes ». Admirable plongée dans le bric à brac européiste qui traite en parallèle des questions économiques, et démocratiques et qui analyse le volet juridique, cadre qui a permis tant de régressions.

« La fin de l’Union Européenne » 2017 affirmait sans réserve que l’Union Européenne était morte et ne le savait pas encore. Morte de son modèle économique, échec conjoint du marché unique et de l’Euro, morte de son illégitimité démocratique, de ses fondations juridiques baroques, de ses traités qui ont remplacé la la souveraineté populaire par une technostructure sans vision. A l’heure où l’Europe traverse une crise sanitaire et une crise économique sans précédent et se révèle incapable de protéger ses populations, constatons que les auteurs faisaient preuve eux de vision en dénonçant l’inanité de son modèle.

Les textes de Coralie Delaume restent en ligne sur son blog « L’arène nue » et permettent de constater que l’auteure s ‘évertuait, toujours avec un grand sens de la pédagogie, de remettre la construction européenne sur les rails, de stopper les dérives qui la rongent et d’ouvrir de nouvelles perspectives, une Europe respectueuse de ses États, de ses peuples et de ses citoyens.

Certains des compagnons de Jean-Pierre Chevènement se souviennent de Coralie (Laura ?) croisée au seuil des années 2000 dans le militantisme. D’autres se rappellent son intervention lors du Colloque « Le moment républicain en France » de la Fondation Res Publica dont elle était membre du Conseil Scientifique. Tous s’associent par la pensée à sa famille et à ses proches.

Bruno Faure