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TRIBUNE/MARIANNE. Claude Nicolet, secrétaire général adjoint de République Moderne et conseiller municipal de Dunkerque, revient sur l’urgence de refonder la République.

La barbarie islamiste nous a encore frappés. Cette fois-ci c’est un enseignant, Monsieur le professeur d’histoire-géographie Samuel Paty. Fonctionnaire de la République, de cette République inséparable de l’idée que nous nous faisons de la nation, de cette nation dont beaucoup de ceux qui ont la charge disaient il y a encore si peu de temps, qu’elle était obsolète.

LA RÉPUBLIQUE INTRAITABLE

Aujourd’hui, la parole se libère car l’horreur du crime ne se limite pas à son abjection. Elle touche chacun d’entre nous au plus profond de ce que nous sommes. Nous avons tous des souvenirs d’école, de collège ou de lycée. Nous avons tous des souvenirs d’un ou de plusieurs professeurs qui ont changé le cours de notre vie, dont nous conservons un souvenir éblouissant parce qu’à l’occasion d’un de leur cours nous avons découvert un univers insoupçonné, celui de la connaissance c’est-à-dire celui de la liberté. Et puis l’école c’est aussi les copains et les copines, nos premiers flirts, nos premières amours, les amitiés à la vie à la mort…

Le massacre de M. Paty c’est aussi le massacre de tout cet univers, de tout cet imaginaire. Celui dans lequel des générations de parents plaçaient l’espoir d’un avenir meilleur pour leurs enfants. Celui ou les meilleurs de leur génération pouvaient penser accéder aux plus hautes fonctions dans la société. C’était cet imaginaire qui abritait toutes les ambitions pour chacun et pour toute la nation. L’école c’était le temple de la République que ses hussards noirs avaient mission d’inscrire dans les esprits comme la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen l’était dans le marbre de l’Égalité, de la Fraternité et de la Fraternité. La laïcité, intraitable assurait à chacun la possibilité de rencontrer son destin tant la République portait cette volonté d’offrir à chacun la capacité et la possibilité de s’arracher à sa condition.

De Victor Hugo à Louis Malle, de Jules Ferry à Chevènement, de Pagnol à la guerre des boutons, de Gavroche aux 400 coups, de Monsieur Louis Germain à Albert Camus… ce professeur, cet homme de bien, est une nouvelle victime du fascisme islamiste sur notre territoire. La décapitation de M. Paty, signifie également très clairement, la haine, le rejet viscéral de cet imaginaire, de cet univers. C’est une rupture totale. De très nombreux Français l’ont immédiatement compris, de façon quasiment instinctive.

Et aujourd’hui, la parole se libère et les témoignages désormais se multiplient, par dizaines, par centaines voire par milliers sur la réalité de la situation. Dans nos services publics, dans le monde de la santé, dans l’éducation, dans les organisations syndicales, dans nos entreprises, dans les transports… Celles et ceux qui dénonçaient, qui mettaient en lumière, qui alertaient… étaient décrétés racistes, islamophobes, voire d’extrême droite quand d’autres étaient tout simplement menacés de mort et placés sous protection policière. Même cette inversion des valeurs n’affectait pas l’aveuglement qui couvrait la lâcheté qui était devenue un système.

RÉTABLIR LE PATRIOTISME RÉPUBLICAIN

Il faut dire qu’à force d’avoir dévalorisé la nation, la République, la citoyenneté, le patriotisme républicain pour s’engager dans la fuite en avant dans la mondialisation financière et néolibérale, il était très pratique de laisser tout une partie de nos concitoyens se faire engloutir et dévorer par une idéologie fascisante les renvoyant à une idéologie reconstruisant une origine totalement fantasmée et totalitaire. Laissant les autres à l’influence de l’extrême droite.

À quoi bon leur demander de croire à la République, à la France, à la patrie puisque tout cela n’existe plus en réalité, puisque notre avenir c’est l’Europe, c’est le monde, c’est le consommateur, c’est l’argent ? Voilà quarante ans de politique à revoir.

Mais après Charlie Hebdo, après le Bataclan, après l’Hyper Cacher, le massacre de M. Paty humble fonctionnaire parce qu’il croyait dans la mission que la République lui avait confié et le symbole de ce choc frontal entre le fascisme islamiste et la France dans son identité républicaine qui refusent de disparaître.

Il convient alors de revenir à l’essentiel et de nous dire que la France est notre patrie et reste notre avenir. Qu’elle reste le meilleur moyen de faire le lien avec l’universel et d’emprunter les chemins de la liberté. Alors oui, la République doit faire sentir tout le poids de sa puissance.

Beaucoup doivent faire aujourd’hui un sévère examen de conscience car la République est une exigence. Le voile est aujourd’hui définitivement déchiré et chacun voit clairement le champ de bataille qui se découvre à son regard. Nombreux étaient nos concitoyens qui n’étaient pas entendus malgré leurs cris de détresse mais on ne voulait pas les entendre et finalement ils comptaient si peu.

Tout cela est terminé ! Partout la parole se libère, y compris dans les classes moyennes elles aussi victimes de la situation culturelle, économique, sociale, identitaire d’aujourd’hui. Elles qui étaient le socle de la République depuis des générations. Aujourd’hui la situation exige non seulement des paroles, indispensables à la bataille culturelle et idéologique mais aussi une prise en charge de la rigueur républicaine inséparable de l’affirmation de la reprise en main de notre souveraineté, c’est-à-dire de notre capacité à nous définir comme étant un peuple libre et une nation citoyenne.

Claude Nicolet