Vous avez dit « déclinisme » ?

Par Marie-Françoise Bechtel, 1ère Vice-présidente de République Moderne, Députée de l’Aisne

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Un grand journal du soir vient de publier un épais dossier sur la « cannibalisation de l’espace public » par des polémistes qui auraient pour point commun la haine de la « bien-pensance ».

Il s’agit apparemment de pointer le fait que les politiques sont supplantés par des polémistes qui auraient en commun le « souverainisme » appuyé sur une « hégémonie culturelle », celle de l’ « anti politiquement correct ».

Sur des colonnes entières, analyses et interviews se succèdent, entièrement orientées vers la dénonciation des Zemmour, Onfray, Finkielkraut, pour l’occasion mis dans le même panier, sans oublier Régis Debray.

On croit comprendre que Le Monde voit un véritable « cauchemar français », comme l’écrit toujours dans ses colonnes Romain Goupil, dans le fait que les intellectuels ainsi pointés du doigt – et auxquels est ajouté d’ailleurs Jean-Pierre Chevènement – s’attachent à dénoncer les causes de la montée du Front National. Pire : ils osent dire tout haut ce que pensent tout bas de nombreux cadres et militants de partis, à savoir que la « bien-pensance » (c’est à dire le social-libéralisme sur fond d’abandon du patriotisme et des valeurs de la République) est ce qui a jeté tant d’électeurs dans les bras du Front National.

Que reproche au juste ce tribunal auto proclamé à ces critiques de la pensée unique ?

Le premier est de se centrer sur les causes de cette montée du parti de Marine Le Pen comme si cette analyse conduisait à légitimer les thèmes du Front National. Or il n’est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir : voir que c’est l’abandon de la nation par les deux principaux partis de pouvoir qui a mis ces thèmes sur la place publique. Le crime c’est de dire cela. C’est ce que souligne fort heureusement Jean-François Kahn, titulaire de trois petites colonnes dans ce procès public qui couvre trois pleines pages…

 

Ceux qui font le jeu du Front National sont ceux qui, à coups de démissions économique et sociale et de coups portés à la souveraineté populaire dont ils se voulaient pourtant les héritiers, ont choisi le renoncement.

Deuxième reproche : le défaitisme, le négativisme de ceux qui s’attacheraient à dénoncer les dérives de notre modèle politique sans lui opposer un modèle progressiste. Il s’agirait au fond de la domination d’une pensée antimoderniste qui se complairait dans la dénonciation et l’invective. Que les adeptes du politiquement correct poussent des cris effarouchés devant les provocations de certains intellectuels, au demeurant pas toujours bienvenues (je songe à Éric Zemmour) est une chose. Qu’ils censurent dans leur croisade l’ensemble de ceux qui essayent de comprendre comment nous avons pu en arriver où nous en sommes est un véritable procès en inquisition.

Je rappellerai ici les nombreuses propositions faites par Jean-Pierre Chevènement, que ce soit pour le redressement de l’Europe, pour le redressement de notre économie ou pour une refondation saine des valeurs de la République : ses derniers ouvrages le démontrent*.

Pour ma part je continue à considérer que ceux qui font le jeu du Front National sont ceux qui, à coups de démissions économique et sociale et de coups portés à la souveraineté populaire dont ils se voulaient pourtant les héritiers, ont choisi le renoncement.

République Moderne, sous l’égide de Jean-Pierre Chevènement, cherchera à populariser l’idée d’une République constructive, orientée vers le redressement économique, sûre de ses valeurs, ne craignant pas l’ouverture au monde extérieur dès lors qu’elle est fondée sur un échange équilibré, prônant une coopération entre les nations, cadre précieux de l’exercice de la démocratie.

 

*1914 – 2014, l’Europe sortie de l’Histoire ?, Fayard, 2013

La France est-elle finie ?, Fayard, 2011

Sortir la France de l’impasse, Fayard, 2011